BIENVENUE
J'y ai enseigné pendant plus de quinze ans et y retourne avec passion.
Je tiens à vous présenter les écrits inspirés par ce monde exubérant :
LARMES DE CACHIRI (Editions L'Harmattan Oct. 2008)
« Il paraît que ton roman devait primitivement s’intituler « Eaux
Boueuses » ?
- Effectivement, c’est le sujet principal de ce livre. Il m’intéressait de parler des relations entre les hommes, de leurs difficultés à communiquer et à vivre ensemble, de l’affrontement des individus dans cette Guyane où foisonnent les cultures et les races : Métropolitains, Créoles, Noirs Marrons, Amérindiens, Brésiliens, chacun avec leurs histoires personnelles, chargées des héritages ancestraux, entraînées dans les eaux troubles du temps. Chaque personnage, nourri de son destin qu’il estime digne d’intérêt devient pourtant une dérisoire particule dans l’aventure où il va être entraîné, infime parcelle de vie prête à se désagréger dans les eaux boueuses de l’imposante forêt.
-Pourquoi as-tu changé le titre ?
Ce titre-là n’est compréhensible qu’après avoir lu le roman. Les premiers lecteurs m’ont fait comprendre qu’ils disposaient d’une autre lecture du livre et qu’un autre titre pouvait donner un éclairage plus optimiste.
-Ceux qui ont lu ton manuscrit ont parfois trouvé que tes critiques envers les populations locales étaient trop féroces, en particulier contre les Créoles…
-Ce n’était pas mon intention. Un éditeur a même jugé qu’il y avait trop d’exagérations : c’est mal connaître la Guyane où la vie ne se conjugue pas avec les euphémismes et les convenances de notre pusillanime Europe. Cependant, j’ai repris mon texte et adouci les reproches car mon but n'était pas de dénoncer tel ou tel groupe ethnique. mais d'observer la navrante agitation du genre humain. D’ailleurs, les critiques, rapportées par mes personnages, ne rendent compte que des acrimonies latentes qui stagnent sous une quiétude apparente. Aucune communauté n’est épargnée. Les Européens et les enseignants, fortement présents dans ce texte n’ont pas non plus la part belle. Peut-être ai-je cependant une attention plus marquée et plus chargée de sympathie pour les Amérindiens à cause des amitiés qui ont procédé à la genèse de ce livre mais aussi parce que dans ce vingt-et-unième siècle, cette population reste la victime, souvent trop résignée, de la marche du temps.
-Alors, pourquoi le titre est-il devenu « Passions Amérindiennes » ?
C’est mon ami Arawak, ayant inspiré le personnage de Nelson, qui a donné cet éclairage. Dans ce tourbillon d’évènements malheureux, dans ces forces contraires qui malmènent les personnages, le jeune Amérindien est le seul à ne pas désespérer. Pour lui, parfaitement intégré à la forêt qu’il connaît et apprécie, le bonheur réside dans cette communion avec les éléments naturels qu’il vit comme une passion. Les sentiments qu’il ressent pour Vanessa, comme les pulsions de vie qui l’entraînent vers elle, histoire parallèle à la triste aventure des touristes, participent de la même passion animiste. Cette acceptation magique de la Nature et de l’Amour, proche de la métempsychose, est rappelée dans la chanson kali’na qui, par deux fois, vient émouvoir l’âme du jeune Amérindien.
Interview de Stéphane Laurent Août 2007