J’ai longtemps préféré les jungles rêvées de mon enfance à celles plus sournoises des maisons
d’édition.
UNE ENFANCE NORDISTE
Né dans la banlieue lilloise, mon enfance a été frustrée de campagne et de nature car mon univers n’était
composé que de briques. Cependant, j’ai vécu une enfance heureuse car mes parents organisaient chaque année des vacances, sûrement très exotiques pour des ouvriers : Août se passait à
Menton et, l’année suivante, en Bretagne. Ce monde ouvrier du Nord, encore patoisant, le monde du charbon, je l’ai côtoyé de très près puisque je jouais entre les immenses tas de houille noire
et grise du chantier où mon père devait gérer la vente aux détaillants. Mon père pour lequel j’avais une admiration particulière car malgré son départ de la Communale dès onze ans, pour
devenir « baudet de maçon », il possédait une bibliothèque extraordinaire : des milliers de livres qui allaient des « Trois mousquetaires » aux
« Misérables », aux récits de la Résistance comme aux auteurs plus âpres tels que Dostoïevsky, Koestler, Camus…
Plus tard, militant au sein du patronage et des colonies paroissiales, j’allais découvrir la misère de certaines familles dont les enfants étaient pris en charge et, en même temps, j’allais
remarquer combien mes interventions auprès des jeunes me passionnaient.
ENSEIGNANT PAR VOCATION :
J’avais treize ans lorsque la télévision de l’époque, en noir et blanc, diffusa le film de Jean-Paul Le
Chanois « L’école buissonnière ». C’est un vieux film dans lequel Bernard Blier incarne un instituteur qui veut épanouir les enfants d’un village grâce à la méthode Freinet. Pour moi,
ce fut une révélation : « C’est ce métier là que je voulais faire ! »
Elève à l’école Normale de Lille, je commençais ma carrière comme instituteur de cours préparatoire dans la banlieue. C’était un vrai bonheur : quelle magie de voir ces
gamins de six ans acquérir l’usage de la lecture et du calcul !
Ensuite ma carrière ne fut pas monotone : non seulement j’allais expérimenter ma pédagogie à travers le monde mais j’allais aussi exercer une palette très variée de
fonctions : d’instituteur, je devins professeur de collège et durant 25 ans j’enseignais le français et l’histoire-géographie ; puis, erreur d’appréciation pour une fonction qui ne
m’enthousiasma nullement, je devins Conseiller Principal d’Education ; enfin, ayant passé le concours de personnel de direction, on me retrouva Principal-adjoint à Albertville, avant de
terminer ma carrière en Guyane.
CLOWN POUR ASSUMER UN REVE
Des activités périscolaires dans le domaine du théâtre finirent par m’entraîner vers une autre
passion : celle du spectacle et surtout celle du cirque. En 1964 je créais le groupe de clowns « Zéphyr et Pantalon ». Dès 1969, le succès de la compagnie dans la région
Nord-Picardie transformait cette activité d’une façon quasi-professionnelle, à tel point que j’hésitais presque à quitter mon métier d’enseignant. Nous allions fréquenter de grands artistes et
nous retrouver sous le chapiteau du cirque Rancy-Carrington pour les tournées d’été. Oh ! ce beau rêve d’enfance exaucé, le jour où je rentrais sous le chapiteau monté sur la grande
Esplanade de Lille, à l’endroit même où mon père m’emmenait, lorsque j’étais tout gosse, voir les spectacles de Napoléon Rancy ou Bouglione ! Ce jour, là, c’était moi qui était dans
l’arène !
Ensuite, grâce à mon épouse qui reprit le rôle du clown blanc, notre groupe se produisit dans toutes les parties du monde que nous traversions, prenant plaisir à semer rires
et étonnements aussi bien dans les hameaux africains, les fêtes polynésiennes, les villages amérindiens du Maroni ou dans les salles des fêtes du Dauphiné, du Lyonnais et de la Savoie.
VOYAGEUR PAR GOÛT DE LA DIFFERENCE :
Mon métier d’enseignant me permit de visiter le monde. Durant mon premier séjour, en coopération en Côte
d’Ivoire, juste après la décolonisation, je découvris une culture totalement différente de celle qui m'imprégnait depuis mon enfance nordiste : ce fut un choc qui me métamorphosa
intérieurement jusqu’à me rendre malade mais dont je sortis grandi et marqué de façon indélébile.
Retourné en 1969 au pays natal, je restais marqué par ce virus ; il m’entraîna plusieurs fois outremer pour observer comment vivent et pensent les autres et comment je
pouvais leur apporter une modeste assistance. En 1982, je m’installais avec ma femme et mes deux petits garçons, à Tubuaï, une île des Australes, encore préservée du tourisme, au sud de la
Polynésie française. Nous y resterions six ans, profitant du lieu pour sillonner dans le Pacifique.
Après un bref retour durant lequel nous nous installâmes au Touvet en Isère, nous repartîmes en 1990 pour la Guyane, à Saint-Laurent du Maroni, terre du bagne, de la forêt
amazonienne et des Amérindiens mais aussi creuset d’une fascinante exubérance de cultures et de races qui se côtoient et se mélangent.
Un nouveau retour en Isère entre 1994 et 1998 fut suivi d’un deuxième départ pour la Guyane, à Iracoubo, petit bourg à mi-distance entre Cayenne et Saint-Laurent. Le désir
d’une vie plus près de la Nature et de peuples moins touchés par la société de consommation, l’affairisme et le stress avait encore agi. C’est dans cette petite bourgade créole et amérindienne
que je pris ma retraite de l’Education Nationale en 2005. Avec des amis, j’y construisis un petit pied à terre, ce qui me permet d’y séjourner de temps en temps afin de les retrouver.
Il faut ajouter que durant ces longs séjours, mon épouse et moi-même avons visité d’autres pays dont la liste est longue : la Nouvelle Zélande, l’Indonésie, l’île de
Pâques, le Costa Rica, le Guatemala, le Panama et la Californie, durant nos années polynésiennes ; les Antilles, le Brésil, le Surinam, le Vénézuela lors de notre installation en Guyane.
Que d’histoires à raconter, que d’êtres humains différents dont il faut se souvenir !
ECRIVAIN PAR DESIR DE PARTAGER
Dès l’adolescence, je m’essayai à la
poésie. J’eus la joie d’entendre un de mes poèmes sur France Culture et d’avoirs certains recueils récompensés par des prix.
Ensuite le tourbillon de ma vie très remplie ne m’accorda que quelques pauses nocturnes insuffisantes pour
assumer mon travail d’écriture. Les refus réitérés des maisons d’édition ne m’encourageaient pas non plus à gaspiller plus d’heures dans ce marchandage, ces minutes si précieuses qui me
manquaient chaque jour. Pourtant, de nombreux textes me trottaient dans la tête et noircissaient déjà de nombreuses notes. Plusieurs projets de roman remplissaient mes
armoires.
Maintenant, à la retraite de mon métier d’enseignant, je peux consacrer plus de temps à la passion
d’écrire. J’ai décidé de me battre pour être publié car c’est un vrai combat. Publier et diffuser son livre, quand on ne fait pas partie des « peoples », selon le vocabulaire à la
mode, monopolisent plus de jours que l’écriture proprement dite.
Dans mes romans, j'essaie de livrer toute la richesse des multiples rencontres poly-culturelles que j'ai
eu la chance de connaître. Je voudrais faire partager les joies mais aussi les douleurs de ces mondes différents. Cela donne des textes chatoyants, remplis de l'exubérance de ces civilisations
qui relativisent nos certitudes occidentales. Ils me permettent de livrer mes réflexions sur les hommes et sur la vie qui les malmène souvent.